Critique : Herakles

Après vous avoir présenté Thermae Romae, je reste dans la thématique de l’Antiquité. Il s’agit là, de  mythologie grecque, je vais vous parler de Herakles, non pas celui interprété par Kevin Sorbo dans la série des années 90 produite par Sam Raimi. Je vous vois venir. Les aventures de cet être héroïque sont illustrées ici par Edouard Cour, dans une bande dessinée dont le tome I est paru l’année dernière chez Akileos.


L’auteur et illustrateur nous livre son interprétation des douze travaux d’Hercule avec une palette de couleurs jouant à la fois sur l’intensité et les contrastes. Le personnage d’Herakles est entier, conscient de la posture à la fois charismatique et puissante qu’il occupe au fil de ses aventures. D’ailleurs, Cour s’amuse de cela et met le personnage en face des rumeurs qu’il suscite. Son neveu Eolas, qui l’accompagne dans ses péripéties, lui renvoie à la fois de l’admiration et des interrogations dues à sa position particulière d’être mi-dieu, mi-homme.



Le bestiaire mythologique est bien présent et Herakles s’en occupe aussi brutalement qu’efficacement. Lorsque l’histoire entre dans les occurrences obligées du mythe, les couleurs changent et deviennent plus sombres, plus intenses, pour éclater, tranchant avec des noirs profonds. L’Hydre, par exemple, se détache par une allure reptilienne et sauvage, ne laissant aucun répit à Herakles et Eolas. Les combats sont mis en scène dans une composition cinématographique des pages. A aucun moment, on ne quitte des yeux les mouvements des personnages, ce qui impulse une dynamique de lecture.  

On peut remarquer que l’ouvrage est parsemé de doubles pages où l’on peut profiter de grands espaces et laisser vagabonder son esprit, comme une pause au milieu des confrontations. Herakles, tout entier qu’il soit, a lui aussi besoin de moments introspectifs pour pouvoir avancer. Ces dernières ont, en plus de l’intérêt esthétique, une utilité narrative notable. Un esprit qui prend les traits d’un diable commente tout ses actes et le torture, ou bien est-ce le reflet de sa culpabilité?

Je ne peux que vous recommander d’aller vers cette bande dessinée qui allie le support mythologique à un choix esthétique assumé dans sa radicalité. On est loin de l’image de la mythologie grecque classique, ce qui est très rafraîchissant. Je ne vous cache pas que j’attends avec une certaine impatience le tome II des aventures d’Herakles !
Je vous invite à vous rendre sur le blog d’Edouard Cour pour découvrir son travail,  les premières images du tome II et son annonce de la préparation d’un troisième tome, puisque deux ne lui suffisent pas à contenir ce héros aux dimensions mythiques.