Gangs of Taipei

Lundi soir en traînant devant la télévision et en zappant sur Arte, je suis tombée sur un film. Quoi de plus normal me direz-vous ? Mais une fois de plus, la chaîne a dépoussiéré son image d’instigatrice de programme obscurs en proposant une perle tout droit venue de Taiwan : Gangs of Taipei !

Le bijou en question a été réalisé par Doze Niu Chen-Zer en 2010 mais l’action commence dans les années 1980 où il nous raconte l’arrivée de Moustique, un jeune nouveau au lycée de Mango qui intègre un groupe de lycéens à la suite d’une altercation.

Ce futur gang est composé de : Dragon, fils du chef du gang du Temple; le Singe, petit jeune bagarreur spécialiste des poings; le Moine, un ambitieux tatoué d’un dragon dans le dos et Grande Gueule, qui parle beaucoup mais court très vite.

On suit le groupe de jeunes hommes dans leurs bêtises adolescentes puis dans leur évolution dans le milieu mafieux où font les luttes de pouvoir dans le quartier de Mango . “Si tu ne les écrabouilles pas, ils t’écrabouilleront.” Telle est la devise du film, donnée par le Moine à Moustique.

Le réalisateur fait part d’une grande sensibilité lorsqu’il filme ses protagonistes. On n’oublie jamais qu’il s’agit de jeunes qui découvrent la brutalité du milieu criminel. La séquence d’ouverture de bastons brouillonnes en plan séquence nous montre la maîtrise du réalisateur.

C’est ainsi qu’on découvre chaque personnage et leurs passés respectifs par une caractérisation efficace. Puis la séquence évolue ensuite en poursuite à pieds avant de dégénérer en poursuite de groupes de jeunes de plus en plus nombreux dans les rues de Mango, ce qui prend une dimension comique presque burlesque.

L’univers est loin de ce que l’on connaît des films de mafieux tel que Infernal Affairs de Wai-Lau et Alan Mak, moins posé et compassé, plus proche d’un Breakfast Club. Comme dans le film de John Hughes, le quotidien des adolescents et leurs relations ont autant d’importance que les intrigues criminelles et c’est par ce prisme qu’on découvre l’univers installé par Doze Niu.

On y découvre une photographie lumineuse, colorée, qui reflète à la fois la jeunesse des héros et l’évolution de leur vision du monde où chaque étape dans le milieu est vécu comme une forme de jeu, jusqu’au drame final.

L’insouciance qui règne même dans les moments les plus durs finit par s’estomper. Les combats entre gangs sont toujours subtilement chorégraphiés et la violence bien présente change, passant du ludique au poétique. On alterne entre une vision brute et le point de vue du héros, le seul ayant préservé un esprit adolescent, qui empreint ce dernier d’une certaine candeur, en opposition à l’interprétation simplement douce et insouciante du début du film.

Ce film a éveillé en moi un intérêt particulier car il utilise les codes des films de mafieux pour en ressortir une vision de l’adolescente qui sort de l’ordinaire du genre. Je vous recommande de le voir si possible en version originale sous-titrée, sachant que le cinéma taïwanais est difficilement trouvable…

Si vous avez envie de vous essayer à un film taïwanais, je vous le conseille grandement. On ne peut hélas qu’actuellement le trouver qu’en import allemand sur Amazon et il n’y a plus qu’à espérer une sortie vidéo française imminente étant donné sa récente diffusion sur Arte.


■ Gangs of Taipei ■ Réalisé par Niu Doze ■ Sortie française : non connue ■ Durée : 141 minutes ■ Avec Ethan Juan, Mark Chao…